04 février 2009

EUTHANASIE OU SUICIDE LEGALEMENT ASSISTE ?

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REUNION AVEC L'ADMD LE LUNDI 2 FEVRIER 2009 SUR LA LOI LEONETTI

Le vrai débat : Euthanasie ou suicide légalement assisté ?

Dr Bernard DEVALOIS ; médecin responsable de l'Unité de Soins Palliatifs CH Puteaux
Membre du Conseil éxecutif du Collecti Plus digne la vie http://www.plusdignelavie.com/

Auteur de “Loi Léonetti, Guide pratique à l’usage des citoyens et de ceux qui les soignent”.

Editions Solilang. Collection OMEGA. A paraitre Mai 2009.


Face à la caricature et aux pseudos certitudes de café du commerce, il convient de mettre en avant

le vrai débat sociétal qui est posé par les partisans d’une “légalisation de l’euthanasie” : celui d’un

droit au suicide conduisant la société à un devoir de “suicider ceux qui le souhaitent”.

En effet, derrière le terme générique d'euthanasie, trois problématiques bien différentes,

sont volontairement ou non, confondues pour plaider sa légalisation.

1° L'acharnement thérapeutique est une séquelle de la toute puissance médicale. Il a été rendu

illégal en France par la loi d'avril 2005. Malheureusement, des situations scandaleuses persistent.

La légalisation de l'euthanasie ne peut se justifier par l'application insuffisante de la loi actuelle.

Il convient plutôt de se donner les moyens de l'expliquer puis de l'appliquer pleinement.

2° Le raccourcissement de l'agonie d'un patient par une injection létale est une autre question.

Il s'agit pour ceux qui le pratiquent soit d'une ignorance coupable sur l'état actuel de la médecine,

soit d'une chimère. D'énormes progrès ont été fait pour maîtriser la douleur et les autres symptômes

de fin de vie. Il faut que tous puissent en bénéficier. Améliorons la formation des professionnels,

encourageons le bénévolat d'accompagnement. Mais disons clairement que croire que supprimer le mourant

supprimerait la souffrance ressentie par ceux qui perdent un être qu'ils aiment est une illusion dangereuse.

Personne ne saurait prétendre remédier à cette épreuve tragique. Au contraire, nous savons que les

pratiques d'injections létales compliquent le travail de deuil.

3° La question dite de l'euthanasie apparaît dans les faits comme celle du suicide légalement assisté.

Il s'agirait de donner le droit à chaque individu d'exiger de la société qu'elle mette en oeuvre son suicide.

Un point important est à souligner : tuer ne nécessite aucune compétence médicale et ne peut en aucun cas

s'inscrire dans un acte de soins. Si notre société décidait collectivement un tel virage, il faudrait trouver

d'autres « exécuteurs» que les professionnels de santé. Il faudrait aussi dessiner le contour du droit au

suicide : pour la jeune fille frappée d’un chagrin d’amour ? Pour le grand mélancolique despéré de la vie ?

Pour le mari éploré par la mort de son épouse ? pour le vieillard cacochyme dont la famille lui fait ressentir

quel poids il est pour eux ? A qui demanderait-on d’arbitrer parmi les candidats au suicide légalement assisté

entre ceux qui peuvent y pr&étendre et ceux qui en seraient exclus ? Si le suicide est (et doit rester) une liberté

individuelle il n’est pas possible d’en faire un droit opposable.

La voie d’une “légalisation de l’euthansie” est bien sans issue. Comme l’a redit avec justesse la commission Léonetti

la seule voie raisonnable pour notre société est celle du renforcement des droits des patients en fin de vie et de leur

accompagnement, voie justement tracée par la loi d’avril 2005, dans un rare consensus politique.